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Nucléaire iranien La guerre des services secrets a commencé
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Article Par Bocar Alpha Kane, Paris, Paru le Samedi 15 Déc 2007 Intervenant en pleine guerre secrète, la publication du rapport des services de renseignements américains éloigne la menace d’une confrontation militaire directe avec l’Iran. Malgré tout, les services secrets de Washington (CIA et NSA) et de Tel-Aviv (Mossad) maintiennent la pression sur ceux de Téhéran (VEVAK et Pasdaran)
L'Iran dispose d’un programme nucléaire clandestin, mais l'a suspendu depuis 2003 et ne sera techniquement capable d'avoir la bombe atomique qu’entre 2010 et 2015. Cette phrase pourrait résumer le dernier National Intelligence Estimate (NIE), qui est un rapport des 16 agences américaines de renseignements, publié le 3 décembre avec un degré élevé de confiance. Le rapport a surpris tous les observateurs du dossier, qui rappellent tous que Georges Bush évoquait en octobre dernier une possible « troisième guerre mondiale » si l'Iran se dotait de la bombe. En 2005, le NIE soulignait que l’Iran était «déterminé à développer l’arme nucléaire en violation de ses obligations internationales». Faut-il rappeler qu’un NIE publié en octobre 2002, avait fourni l’argumentaire qui justifiait la guerre contre l’Irak : Saddam Hussein développait des armes de destructions massives.
Les contradictions entre le NIE 2005 et celui de 2007 sont à placer dans la difficulté pour les services secrets à recueillir des informations fiables dont le traitement permet d’obtenir des renseignements, mais surtout des renseignements opérationnels, c'est-à-dire des données qui permettent une intervention en temps réel sur des objectifs civils ou militaires. Cette difficulté soulève le problème du renseignement humain, recueilli par des hommes, dans un pays aussi secret que l’Iran, face à la fiabilité des renseignements électroniques, c’est-à-dire les observations par satellites, les interceptions diverses, etc (la CIA ne disposait que de photos de la centrale de Natanz prises par la presse étrangère et des écoutes téléphoniques de hauts responsables militaires iraniens). Il est évident que Téhéran prendra toutes les précautions nécessaires à la protection du programme nucléaire, au moins jusqu’à son aboutissement. Même si, à ce stade, l’objectif du programme n’est pas militaire, la vigilance reste de mise, pour prévenir toute tentative d’enrichissement de l’uranium. C’est ce qui justifie la démarche américaine consistant à vouloir maintenir les sanctions contre le pays des Ayatollah. D’ailleurs, le nouveau rapport ne remet pas en cause, dans le fond, cette option stratégique. Bien au contraire, il permet d’établir de nouveaux contours d’un dialogue sur le nucléaire, mais aussi sur l’Irak et la Palestine. En effet, les Américains ont « besoin » de l’Iran pour neutraliser les milices chiites qui sévissent en Irak, ainsi que le Hamas (Palestine) et le Hezbollah (Liban).
Le rapport, qui tombe en pré campagne présidentielle aux Etats-Unis, précise cependant que l'arrêt du programme nucléaire iranien est « principalement » dû « à la pression internationale », et qu'il est probable que Téhéran « garde ouverte » l'option de développer des armes nucléaires. De quoi donner des arguments à l'administration Bush. Pour elle, c'est la preuve qu'il faut « augmenter la pression » en isolant et en sanctionnant l'Iran, sans fermer pour autant la porte au dialogue. « L'Iran était dangereux, l'Iran est dangereux et sera dangereux » s'il a la capacité de fabriquer une arme nucléaire, a martelé le Président américain en commentant le rapport. « Toutes les options sont sur la table », a-t-il poursuivi, « y compris l'option militaire ». Le rapport des services américains de renseignements risque, en revanche, de compliquer la tâche aux Etats-Unis, pour convaincre la Russie et la Chine - déjà réticentes auparavant - d'accentuer les sanctions contre l'Iran. En effet, sur le plan politique, Georges bush n’a plus les moyens d’attaquer l’Iran pendant le reste de son mandat. C’est pourquoi, dans sa logique, l’ONU devrait adopter une troisième résolution renforçant les sanctions contre Téhéran ; l’objectif étant d’aboutir à une suspension vérifiable de l’enrichissement d’uranium. In fine, il n’y aura pas d’intervention militaire contre l’Iran. C’est là le principal enseignement du NIE 2007.
En revanche, cela ne signifie pas que des actions secrètes ne seront pas menées par toutes les parties : d’une part les Etats-Unis et Israël et, d’autre part, l’Iran. Si Américains et Israéliens disposent des mêmes informations, leurs interprétations ne sont pas les mêmes. L’Etat hébreu privilégie le scénario du pire et veut maintenir la pression sur l’Iran, qui « pourrait atteindre un point de non-retour en 2009 », selon Ehud Olmert. Le rapport des services américains déstabilise les points de vue de Tel-Aviv, qui s’en était déjà pris à Mohammed El Barradeï, chef de l’Agence de l’énergie atomique, accusé de faire le jeu de Téhéran.
La guerre secrète des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran
Les programmes nucléaires, radiologiques, bactériologiques et chimiques (NRBC) de la république islamique sont la principale cible d’Israël et des Etats-Unis, qui ont entrepris des opérations secrètes préventives. Il semblerait que la défection en début 2007 d’Ali Reza Asghari soit l’œuvre de la CIA. En effet, cet ancien général des Pasdarans (gardiens de la révolution) est aujourd’hui aux Etats-Unis. Il semblerait qu’il ait travaillé pour la CIA et qu’il ait livré des informations secret-défense, à l’origine du durcissement américain. Cette défection a suscité la « démission » d’Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale et négociateur iranien du nucléaire. Le régime craignait des infiltrations du Mossad et de la CIA. D’ailleurs, les services de sécurité iraniens accusent les Américains, les Israéliens et les Britanniques de soutenir des mouvements d’opposants basés en Irak. C’est un volet du programme d’opérations clandestines de déstabilisation en cours. En outre, la lutte antiterroriste en Irak et en Afghanistan a pour but de contenir les offensives des Pasdarans.
La vétusté des installations iraniennes, reconnue par Vladimir Poutine en octobre 2007 lors d’une visite à la centrale de Busher, a entrainé des incidents graves qui ont retardé la mise en place de centrifugeuses destinées à l’enrichissement de l’uranium. L’autre facteur de retard dans le développement du programme nucléaire est lié à l’interception et à la falsification par la CIA de documents scientifiques destinés aux ingénieurs iraniens, qui perdent beaucoup de temps avant de les corriger et de pouvoir les utiliser.
En janvier 2007, la mort par empoisonnement au gaz du physicien atomiste Ardeshir Hassanpour est à mettre sur le bilan de la guerre secrète. Les causes du décès sont accidentelles selon les autorités, alors que les observateurs y voient la main du Mossad. Le scientifique travaillait sur le site d’Isfahan, où de l’hexafluorure d’uranium est fabriquée pour alimenter la centrale de Natanz. Le Mossad serait également mêlé à une explosion le 26 juillet 2007 sur une base militaire syrienne dans les environs d’Alep. Bilan : 15 Syriens tués, ainsi qu’une dizaine d’Iraniens, qui les assistaient dans la production d’armes chimiques. L’explosion s’est produite lors d’un test de missile Scud-C à tête chargée de gaz moutarde.
Enfin, le 6 septembre 2007, l’aviation israélienne a procédé au bombardement d’installations militaires situées au bord de l’Euphrate. Les drones avaient obtenu auparavant des photos terrestres précises d’un bâtiment en construction qui pourrait abriter des installations nucléaires d’origine nord-coréenne en cours de réalisation. À la suite du bombardement, les Syriens ont rasé les restes du bâtiment. La seule réaction dans cette affaire a été celle du Premier ministre Ehud Olmert, qui a présenté des excuses à la Turquie, où les conteneurs de kérosène des bombardiers israéliens ont été retrouvés après les frappes.
La riposte des services iraniens
Les services iraniens sont organisés autour du Ministère du renseignement et de la sécurité (VEVAK), mais aussi des Pasdaran. Ces derniers sont structurés en deux entités : le Directorat du renseignement (recueil d’informations opérationnelles) et la Force Al Qods (service action). Au nord de l’Irak, les récents affrontements entre l’armée turque et les hommes du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) auraient été planifiés par le VEVAK Pour leur part, les Iraniens ne restent pas inactifs. L’objectif serait d’inspirer, par ces combats, une intervention turque en Irak, pour compliquer davantage la situation. C’est pourquoi, les Etats-unis ont usé de toute leur influence pour empêcher cette escalade. Seul le Président syrien, Bachar Al Assad a soutenu l’idée d’une intervention militaire turque dans le nord de l’Irak. Son alliance avec Téhéran est notoire. Les désordres en Irak ne profitent qu’à l’Iran, qui pourrait en profiter pour neutraliser définitivement le mouvement anti-mollah PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan). Aujourd’hui, il est avéré que l’Iran soutient (formation et armement) les talibans en Afghanistan et les groupes insurrectionnels chiites et sunnites en Irak. Il faut absolument fixer les Américains sur ces deux fronts. D’où la campagne de dénigrement orchestrée contre les sociétés militaires privées dans ces deux pays, à chaque fois qu’il y’a bavure. Et Dieu sait qu’il y’en a. Ces milices jouent un rôle capital pour l’armée américaine, qui n’a plus les moyens de déployer des forces régulières.
En Europe, deux officiers (américain et israélien) ont perdu la vie dans des circonstances mystérieuses. Il y’a d’abord David Dahan, chef de la mission militaire auprès de l’ambassade d’Israël à Paris, qui disparaît dans la nuit du 20 au 21 janvier 2007. Son corps sera retrouvé un mois plus tard dans la Seine. La thèse officielle évoque un suicide à la suite d’un divorce. Mais aussi, il y’a Thomas Mooney, l’attaché de défense américain à Nicosie (Chypre) qui disparaît lui aussi le 28 juin 2007. Il sera retrouvé dans sa voiture, portant une large entaille au cou. Il se serait également suicidé. Le propre des services secrets est de tuer sans laisser de traces. Dans ces deux affaires, les soupçons pèsent sur Téhéran. Toutefois, aucune preuve matérielle ne permet de l’incriminer. D’une façon plus générale, il est à craindre que les associations d’iraniens en Europe ne soient infiltrées par le VEVAK, qui pourrait s’en servir contre les opposants en exil. Le but étant de les déstabiliser aux yeux des autorités locales.
Par ailleurs, les services iraniens n’ont ménagé aucun effort pour développer leur réseau dans le monde, notamment en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il s’agit d’y préparer des agents d’infiltration, qui pourraient réagir par des attentats en cas d’attaques du territoire iranien. En outre, le Venezuela, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, la Bolivie, l’Equateur et le Nicaragua manifestent une bienveillance à l’égard de l’Iran. Ils partagent tous à des degrés divers un antiaméricanisme certain. C’est pourquoi, dans cette lecture, Cuba est un point d’appui évident.
Avec la publication du NIE 2007, l’option militaire s’éloigne alors qu’il est difficile de prédire les résultats de la guerre secrète. En revanche, les Etats-Unis et Israël continueront à surveiller les activités iraniennes et tenteront d’en empêcher certaines par intoxications, désinformations, assassinats et sabotages. La seule règle c’est qu’il n’y en a pas. Tous les coups sont permis. Une chose est sûre, au-delà de l’arrêt du programme nucléaire, les services de sécurité travaillent déjà sur les moyens de prévenir les capacités de nuisances des services iraniens et des mouvements qu’ils contrôlent : le Hezbollah libanais, le Hamas et le Djihad islamique palestiniens.
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